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L’Affaire UMMO: Soucoupes, Sectes, Sexe et Services Secrets

 

Manuel Carballal

Mundo Misterioso www.mundomisterioso.com



***

      Je me rendis à Aluche et San José de Valderas pour la première fois en 1988. Le but de ma visite sur ces lieux présumés d’observations liées à UMMO — sur les pas des chercheurs qui m’y précedèrent — fut de reconstruire les événements et de trouver d’autres témoins des incidents, à part ceux déjà interrogés. Je me souviens qu’en questionnant les nouveaux propriétaires du Café Palencia à Aluche, qui avait peu auparavant changé de mains, il en résulta un échange particulièrement pittoresque: 

      « Vous rappelez-vous de quelque chose au sujet de la soucoupe volante? » Demandai-je. « Oui, monsieur! Bien sûr. Ils ont même écrit un livre là-dessus! »

      Il se référait à Un Caso Perfecto d’Antonio Ribera. « Connaissez-vous quelqu’un du voisinage qui l’aurait vue?

      — Sûr! Beaucoup de gens l’ont vue. Un type nommé Vicente Ortuño, un autre qui s’appelait José Luis Jordán... beaucoup de gens. Ils ont même écrit un livre!

      Bien, bien.» J’insistai : «Mais y avait-il quelqu’un d’autre?

      Ouah! Beaucoup de gens. Ortuño... ce Jordán... beaucoup de gens. Ils ont même écrit un livre!

      C’est ce que nous avons établi. Mais ne vous souvenez-vous de personne d’autre qui pourrait l’avoir vue?

      Je vous dis que beaucoup de gens l’ont vue! Ce personnage, Vicente Ortuño, et un autre type qui était venu par la ville et s’appelait Jose Luis Jordán... et... eh bien, tout le monde l’a vu. Ils ont même écrit un livre!»

      Rien à faire. Il n’y avait aucun moyen de certifier d’autres noms. Le fait qu’un livre avait été écrit sur le sujet était, pour ces exploitants, la preuve positive de l’authenticité de l’affaire. « Comment pourraient-ils écrire un livre si ce n’était vrai?» rétorquèrent-ils.

      La même chose exactement se produisit quand je visitai San José de Valderas. Du moins, lors de mes visites avant le 7 Avril 1990, date à laquelle Antonio José Ales organisa une “Veille Ovni” au Chateau. Des centaines de gens s’y réunirent cette nuit-là, beaucoup d’entre eux fanatiques d’Ovnis prêts à tout pour apparaître sur une photo, et les chercheurs parmi nous purent rencontrer d’innombrables “contactés d’UMMO”. Toutefois, la crédibilité de leurs témoignages était faible. Tous ces soi-disants contactés s’étaient immergés dans les livres sur le sujet et pouvaient facilement confabuler.

      Au cours de l’une de mes visites à Valderas avant — je le répète — 1990, je réussis à retrouver, par un coup de chance, une pensionnaire de l’école située dans le célèbre Palais de Valderas au moment de l’atterrissage allégué. Apparemment, il y avait eu de nombreux témoins de l’événement, et les témoignages occulaires furent recueillis parmis les élèves nonnes de l’Ordre de l’Amour Divin (qui occupait alors le château maintenant abandonné du Marquis de Valderas). Maria Pilar Martín-Maestro Barea avait donc été élève à l’école susmentionnée en Juin 1967, et avait été en classe chaque jour, avec toutes ses camarades. Lorsque je lui demandai si elle connaissait quiconque à San José de Valderas qui pourrait avoir vu le vaisseau spatial, elle confirma toutes mes craintes: 

      «Aviez-vous vu quoi que ce soit ?

      Non, la vérité est que je n’avais rien vu, mais beaucoup de gens ont dû voir, parce que c’était dans les journaux le lendemain.

      Connaissez-vous quelqu’un qui a vu le vaisseau spatial?

      En vérité, je ne pourrais vous donner de nom, mais beaucoup de gens ont dû le voir, parce que c’était dans les journaux le lendemain.

      Bien. Mais l’une de vos voisines doit avoir dit quelque chose...

      Bien sûr qu’elles en parlèrent! Tout le voisinage en parla, mais surtout de ce qui a paru dans les journaux. Maintenant que j’y pense, je ne puis me souvenir de qui que ce soit ayant dit l’avoir vu.

       — Mais selon ce qui fut écrit, vos camarades de classe ainsi que vos professeurs virent la soucoupe. Selon les photos, elle passa juste au-dessus de votre école, en plein jour.

      Oui, c’est ce qu’il semble, selon les photos. Mais aucune de mes camarades de classe ne la vit.

      Qu’en est-il des autres élèves?

      J’ai passé de nombreuses années à cette école, et le fait est que je n’ai jamais rencontré personne — élève ou professeur — qui prétendit avoir vu le vaisseau spatial. Mais beaucoup de gens ont dû le voir, parce que c’était dans les journaux du lendemain.»

      Les deux examples nous présentent l’essence même de l’Affaire UMMO. Les répercussions sociales en furent si vastes que très peu parmi les amateurs d’Ovnis ont sérieusement pris le recul nécessaire pour considérer son authenticité, et moins encore investirent le temps et l’argent nécessaires à une enquête.

      J’admets mon impuissance à trouver d’autres témoins des observations en masse, tant d’Aluche que de San José de Valderas, excepté ceux déjà cités dans le livre Un Caso Perfecto, qui mentionne aussi une troisième observation de vaisseau Ummite en Espagne vers cette époque. Concernant cette dernière, sur la route de Betanzos (La Coruña) à Villalba (Lugo), les résultats de mon travail sur le terrain furent tout aussi infructueux.

      Sur le plan ufologique, mon opinion est qu’il y avait très peu de matière sur laquelle enquêter dans l’affaire UMMO, à l’exception de certaines observations d’Ovnis portant le fameux sigle Ummite )+( ou quelque chose de similaire sur leur fuselage. J’ai des rapports de témoins et même des photographies d’Ovnis dont la publication a été interdite jusqu’à maintenant, qui montrent quelque chose de similaire à l’emblème )+( sur le flanc de l’objet. Mais à ma connaissance, ces observations, certaines antérieures à 1950, n’ont rien à voir avec les rapports Ummites reçus à partir des années 1960. Par exemple, durant l’été de 1917, une famille de Peñascosa (Albacete) a vu un genre de “chapeau à quatre pattes” portant an emblème qui ressemblait à la lettre “H” (voir ENIGMAS, No.20, p.24).

      Je puis aussi prouver que l’emblème )+(  existait dans les milieux ésotériques et paranormaux avant 1950, l’année durant laquelle les Ummites prétendent être arrivés sur Terre. Mais son usage ne s’est universellement généralisé qu’après 1966, quand Fernando Sesma commença à recevoir les fameuses lettres Ummites.

 

 

Le plus Universel des Cas Espagnols

      Jamais auparavant dans l’histoire de l’ufologie Espagnole un cas de contact Ovni allégué n’avait eu de répercussions plus grandes. Son impact social est donc crucial pour en comprendre les nombreux usages qui en seront faits. Après les observations d’Aluche, de Valderas et de Galicie, les rencontres de Fernando Sesma au café de La Baleine Joyeuse, et donc les rapports Ummites, connurent une diffusion nationale. Le NODE, les articles de Sesma dans le magazine Diez Minutos, et ses conférences publiques aidèrent à populariser UMMO.

      Antonio Ribera publia ses livres: De veras los OVNIS nos Vigilan? (1975); El Misterio de UMMO (1979); UMMO-La Increible Veridad (1985); et UMMO informa a la Tierra (1987), qui achevèrent de répandre la passion pour UMMO dans le monde entier, après avoir été traduits en d’autres langues et dans d’autres pays.

      Le Père López Guerrero publia aussi son monumental Mirando a la Lejanía del Universo (1978) et notre cher Dr. Juan Aguirre s’affaira à sortir — en trois volumes — tous les rapports Ummites reçus à cette date. Dans divers pays Sud-Américains et Européens, l’Ummologie devint une spécialité propre au sein de l’ufologie. L’Argentine se vit construire un “hôpital” avec des médecins alternatifs qui prétendaient pratiquer la médicine Ummite. En Juin 1971, Rafael Farriols organisa le Premier Symposium sur UMMO en Espagne à l’Hôtel Osauna à Barajas: trois jours de conférences, de colloques et de débats avec la participation d’innombrables chercheurs. Un présentateur professionnel lut, en 30 heures, tous les rapports Ummites existants à une audience manifestement capable de les encaisser. Deux ans plus tard, en Mai 1973, Farriols organisa lui-même la seconde conférence sur le sujet à l’Hôtel Ritz de Barcelonne. Une troisième conférence fut prévue à Alicante, qui eut un impact international encore plus grand .

      Des scientifiques médiatiques, tels que l’astrophysicien Français Jean-Pierre Petit, mettraient leur crédibilité scientifique en jeu en écrivant des livres sur UMMO dans leurs pays, ou incluraient des “indices” Ummites dans leurs publications purement scientifiques, ainsi que dans de fascinantes bandes dessinées pour enfants comme Les Aventures d’Anselme Lanturlu (Paris, 1985) où Petit dessine, à la page 61, Hoyle portant une cravate grouillant de symboles Ummites. D’autres, comme Wendelle Stevens, préparèrent des documentaires sur le sujet, qui portèrent UMMO sur des écrans de télevision au-delà de l’Espagne. En 1969, le Canal 13 Argentin avait déjà fait de même en introduisant ses cameras aux réunions de Sesma à La Ballena Alegre.

      De véritables fan clubs UMMO fleurirent au Japon, au Canada, en Italie et ailleurs. Des auteurs d’autres pays commencèrent à écrire des livres sur UMMO. Sans aller très loin, je fus en mesure d’acheter, en Mai 1997, le livre Comentariu la misteriul UMMO de Dan Mirahorian dans un grand magazin de Bucharest, en Roumanie. Un livre précédent intitulé OZN. Afacerea UMMO par Renaud Marhic, avait porté UMMO, le cas Ovni le plus célèbre au monde, à l’attention d’une audience Roumaine.

      Le célèbre acteur et réalisateur Jacinto Molina — mieux connu en tant que Paul Naschy — prépara même le scénario d’un film intitulé: L’Homme d’UMMO, avec Patty Shepard et Michael Rennie. Ainsi que Molina me le confia lui-même durant l’un de nos entretiens dans sa maison de Madrid, L’Homme d’UMMO, produit par Jaime Prades, S.A. en 1969 finit par être renommé Les Monstres de la Terreur, un titre bien plus commercial, qui relatait l’histoire d’un extraterrestre (Michael Rennie) venu d’UMMO pour asservir la Terre en utilisant des monstres terrestres classiques pour ses plans: Dracula, Frankenstein, Un Loup-Garou, etc. Naturellement, le film n’a rien à voir avec la “vraie” histoire Ummite, mais il constitua un exemple original de son impact social.

      L’emblème )+( de l’UMMOELEWE devint absolument universel. Durant les années 1970, il fut adopté en tant que symbole extraterrestre par toutes sortes de contactés, et commença à apparaître dans les sessions d’écriture automatiques de la Misión Rama du Pérou, ainsi que dans les messages reçus de la Fratellanza Cosmica ou dans les ‘visions’ télépathiques de plusieurs douzaines de contactés autour du Monde. De plus, quand survint la notoire observation d’un Ovni dans la ville Russe de Voronezh, quelques-uns des témoins interrogés par la presse décrirent le symbole UMMO sur le flanc du vaisseau qui avait supposément atterri. Ce fut l’événement qui parvint à “authentifier” son origine extraterrestre.

       Le symbole devint célèbre en 1967, il y a exactement 30 ans, avec les photographies prises à San José de Valderas. Nous devons maintenant remonter le temps.

 

 

José Luis Jordán Peña

      Peña reste l’unique personnage omniprésent à travers toute l’affaire UMMO. C’est lui qui, après avoir été le témoin principal du cas d’Aluche en plus d’un résident local, Vicente Ortuño qui vit “par hasard” le vaisseau depuis chez lui, fut aussi le principal enquêteur sur le cas de Valderas, auquel Ortuño collabora aussi, “comme par hasard”. Il se trouve que c’est aussi José Luis Jordán qui interrogea Pedro Pablo Barrios, témoin du vaisseau Ummite vu entre Betanzos et Villaba. L’autre nom de Jordán est Peña. Lui, et nul autre, est le célèbre Mr. Peña qui commença à frequenter les conférences de Sesma à La Ballena Alegre en 1966, animant le contingent des sceptiques du groupe, avant de finalement établir sa propre Association Eridani.

      Oscar Rey Brea, qui commença à étudier les Ovnis en 1945, entendit d’abord parler de la ‘Colonie Ummite vivant en Espagne’ dans les révélations scandaleuses d’Enrique López Guerrero au journal ABC du 17 Septembre 1968. Mais une lettre de l’ufologue Catalan Antonio Ribera, datée du 9 Decembre 1967 affirmait ce qui suit: « Concernant les types d’“humanoïdes”, je crois qu’ils se limitent à deux espèces: des ‘nains’ et des “êtres humains normaux”...Il y a une information dont je ne peux vous communiquer le détail, car ce serait trop long, qui affirme que le point d’ origine des “humains” est une planète gravitant autour de l’étoile Wolf-424, une naine rouge — donc très ancienne — à quelques 14.6 années-lumières de la Terre. C’est un ‘indice’ sur lequel nous travaillons, et nous n’avons aucune idée où il peut nous mener. »

      Voilà donc la première référence à UMMO qui parvint à Rey Brea, bien qu’il ne le réalisa que bien plus tard. Mais Rey Brea mettait déjà en doute l’authenticité de l’affaire dans sa réponse à la lettre précédente, datée du 16 Janvier 1969: « Je ne sais pas quels antécédents vous mènent à croire que des Ovnis pilotés par des humanoïdes viennent de l’étoile Wolf-424. Il est difficile de croire qu’une étoile aussi vieille, dont la température de surface atteint à peine 2500° C, pourrait abriter sur ses planètes des êtres qui diffèrent si peu de notre propre constitution physique. Il est également difficile à croire que nous pourrions être tous deux le produit d’évolutions séparées mais identiques par delà la distance qui nous sépare. »

      À son insu, Rey Brea commençait sa relation avec UMMO avec le même scepticisme que celui avec lequel il y mettra fin. Dans sa lettre à Ribera du 2 Octobre 1968: « Ces derniers jours, j’ai lu les déclarations d’un prêtre de Séville concernant une colonie extraterrestre et les preuves sur son origine. Concernant cette dernière, je me souviens que vous m’aviez dit quelque chose de similaire. Quelles preuves avez vous?» Pour être aussi précis que possible, ses activités de recherche concernant UMMO débutèrent le 30 Août 1968 : étant le seul ufologue Galicien connu, Antonio Ribera lui demanda d’examiner la prétendue observation de la route allant de Betanzos à Villalba que je mentionnai auparavant.

      En 1969, Antonio Ribera envoya à Oscar Rey Brea une copie d’Un Caso Perfecto, et l’ufologue Galicien analysa les photos prises à San José de Valderas qui illustraient le livre. Les marges de la copie de Rey Brea sont couvertes de notes — de notes, de calculs et d’équations. Son verdict définitif était que la photo d’Ovni de Valderas était un canular. Selon ses calculs, il y avait là deux séries de photos prises par le même photographe, utilisant un trépied et une maquette de soucoupe volante. Nous pouvons imaginer l’accueil que fit l’ufologie Espagnole aux affirmations de Rey Brea. Sa correspondance avec les autres ufologues de l’époque est limpide quant à ses opinions: « Particulièrement à Valderas, je crois qu’il y avait quelque chose, en raison du nombre des témoins, mais en ce qui concerne les photos, je puis catégoriquement affirmer qu’elles furent réalisées avec un trépied et une maquette de soucoupe volante, ce qui, en d’autres termes, en fait un canular » [...].

      Bientôt, d’autres ufologues Espagnols comme le pionnier Andalou Manuel Osuna allaient partager l’opinion de Rey Brea: « Concernant l’affaire UMMO, ma position est — et a toujours été — aussi négative que la vôtre. Il est manifestement impossible pour moi de l’accepter comme extraterrestre. Elle défie ma bonne volonté. J’ai dit cela à Antonio Ribera dès le départ. Une année et demie avant la présentation de son livre sur Valderas, je l’ai plusieurs fois exhorté à la prudence et à ne pas cautionner cette affaire. Je fus plus tard étonné de voir qu’il avait dédié son livre au ‘frère’ DEI-98. Il doit avoir eu ses raisons. L’Ovni de Valderas représente un engagement sur un fait douteux. » (Osuna à Rey Brea, 1970). “Je ne sais pas qui ou quoi peut se cacher derrière l’affaire UMMO. Peut-être un groupe de mystiques, peut-être une autre arme dans la foire d’empoigne internationale dont nous sommes les victimes. Mais je m’oppose carrément à l’importance qui lui a été donnée. Elle n’a pas le moindre sens. » (Rey à Osuna, 25 Janvier 1970).

      Ce qui est le plus fascinant, c’est qu’en 1971, Rey Brea désigna un suspect potentiel « étant donné que Jordán était l’un des créateurs de Un Caso Perfecto  ...À part Jordán, ceux qui observèrent l’étrange emblème d’UMMO choisirent de rester anonymes. Les autre témoins qui se manifestèrent et peut-être quelques autres, ne virent que l’objet, et tout au plus quelque chose de sombre sous son ventre. » (Rey à Ballester Olmos, 8 Avril 1976).[...]

      Avec le passage du temps, d’autres chercheurs tels que ceux du groupe IVAN et Carlos Berché, allaient effectuer un travail considérable pour désigner Jordán comme principal suspect. Tout ce qui manquait, c’étaient des preuves.

      De ce point de vue, la chance nous sourit et nous apporta, en 1988, une révélation majeure concernant Jordán Peña et les cas d’Aluche et de Valderas. Par pure coïncidence, le père de José Juan Montejo, qui collaborait à l’époque avec Javier Sierra sur une enquête concernant Aluche, se souvint avoir partagé une chambre en 1966 avec José Luis Jordán Peña... et Vicente Ortuño! Ainsi, Ortuño et Jordán, les seuls témoins oculaires connus de l’Ovni d’Aluche se connaissaient avant l’incident en question, en contradiction flagrante avec ce qu’ils avaient toujours affirmé. Cette coïncidence incroyable, un cadeau du Ciel qui récompensait la ténacité de Montejo, nous mit tous deux sur la piste de la véritable nature de l’incident d’Aluche et, par extension, d’UMMO.

      Une conversation avec Montejo me motiva à reprendre mon enquête sur UMMO sous un autre angle. D’une part, il se pouvait que Jordán soit membre d’un groupe, de l’autre, peut-être en était-il le seul acteur? Contrairement à d’autres “ummologues”, je penchai pour la seconde hypothèse, précisément parce que j’avais étudié un cas qui avait d’étonnants parallèles avec UMMO à son origine: l’affaire DARO, qui aurait pu évoluer vers un autre UMMO, mais se révéla être un canular concocté par un seul individu. Ainsi conditionné par mon expérience personnelle du canular DARO, dont l’élucidation m’avait demandé trois années, je concentrai ma recherche sur Jordán avec l’hypothèse qu’il était l’unique auteur de l’affaire UMMO.

À l’époque, je parvins à accéder aux dossiers de la Police sur l’énigmatique Mr. Peña. Un détail curieux apparut dans son dossier:

D. José Luis Jordán Peña - Fils de Dionisio et Rogelia
Né à Alicante, 13 Janvier 1931
État civil: marié à Mme. Maite_____.

Résident au No.__rue Bruselas, Madrid. Son dossier avait été marqué par le Cabinet d’Indentification (Gabinete de Policia Científica), qui avait pris ses empreintes le 4 Mars 1974 après l’avoir détenu pour le crime de ‘menaces terroristes.’ Les charges contre lui incluaient le vol d’une automobile, une Seat-124, numéro d’immatriculation____.

J’ajouterai pour information que les problèmes légaux de Jordán Peña apparurent le jour suivant dans la presse.

      Curieusement, son dossier ne mentionne pas sa relation avec un autre dossier, celui du Groupe de Surveillance des Sectes de la Police Nationnale concernant un culte se nommant lui-même: Les Amis des Frères d’UMMO. Ce culte, dirigé par deux sœurs, filles d’un diplomate Sud-Américain, a produit quelques lettres Ummites, mais son plus important rôle fut la publication les 5 et 20 Mai 1989 de notices séparées dans le journal El Pais, prétendant que l’ufologue J.J. Benítez avait eu un accident et était dans le coma. Ceux qui suivirent l’affaire se souviennent de l’incident. L’auteur des deux notices était Sonia Cronfel, qui dirigeait Les Amis des Frères d’UMMO, et réside actuellement en Colombie.

      Les fichiers de la Police n’incluaient pas non plus la photo de DEI-98, le chef des Ummites infiltrés parmi les humains, me dit-on. Selon les lettres, [la photo fut] prétendument confisquée à Enrique de Vicente après qu’il fut détenu par la Brigade Socio-Politique, un événement de routine en ces temps. C’est encore un autre mythe infondé autour de UMMO, puisque Enrique de Vicente, en quittant le poste de police de Madrid pour la station de métro Sol, avait encore la fameuse photo dans son portefeuille. [NDT : là, je suis vraiment largué!]

      Mettant néanmoins de côté ces anecdotes policières, ce qui est vraiment intéressant est la confession complète que fit récemment Jordán Peña à des sources du Groupe de Surveillance des Sectes de la Police Nationale, auquel nous avons eu accès.

 

 

 

La Confession

      Selon ces sources et les documents, photos et preuves concernant la genèse d’UMMO, José Luis Jordán Peña est le seul parti responsable du canular, bien qu’il reçut l’aide d’un certain nombre de collaborateurs occasionnels qui n’ont pas ajouté d’informations valables pour comprendre le qui, quoi, et pourquoi de l’affaire UMMO.

      Voici les faits:

      En 1966, Jordán Peña prit conscience de l’existence du groupe BURU et des rencontres de Fernando Sesma à La Ballena Alegre. Il participa aux discussions comme le reste des jeunes étudiants de l’époque, et décida de jouer un rôle plus actif en téléphonant un jour à Sesma et en se présentant comme DEI-98, un résident de la planète UMMO. Je voulais que le symbolisme phonétique inspire la fausseté de son contenu », déclara Jordán. «UMMO évoque le mot Espagnol Humo pour “fumée”. » Toutefois, j’ai mes propres raisons de croire que Jordán s’était consciemment ou subconsciemment inspiré de UMMA, l’un des noms Hindous Tantriques pour la colonne vertébrale à travers laquelle la soi-disant force de la Kundalini s’écoulerait vers les chakras.

      « Afin de simuler l’étrange voix Ummite, j’utilisai une distorsion vocale électrique que je construisis moi-même. Elle donna à ma voix, ou à celle de quiconque l’utilisait, une résonance nasale, metallique. » Gardez à l’esprit que Jordán maîtrise suffisamment l’électronique pour avoir créé presque tout l’équipement du laboratoire de la Société Espagnole de Parapsychologie.

      « Je choisis l’étoile Wolf 424 au hasard, car mon véritable but n’était pas la création d’une societé extraplanétaire crédible.» Néanmoins, ce monde fut assez plausible à de nombreux disciples de Sesma, du fait que les lettres Ummites, contrairement à celles reçues de Salianus, Lao Tzeu et autres “contacts” de Sesma, étaient bourrées de jargon technique et scientifique. Peu savent que Jordán Peña enseigna la physique et les mathématiques au collège Lope de Vega, dont il dirigeait le programme de physique. De plus, Jordán Peña a toujours été un fidèle lecteur de publications scientifiques et est resté en contact avec des scientifiques de nombreux pays.

      « Je me revois écrivant les rapports les Samedi et Dimanche après-midis, profitant de mes voyages en France, en Angleterre, etc., ou des voyages de mes amis, pour y poster les lettres.» Jordán admet aussi s’être servi de sa machine à écrire, de celles de son bureau et de ses amis.

      Les rapports Ummites étaient avidement lus à La Ballena Alegre, mais il était nécessaire de trouver l’étincelle qui propulserait leur crédibilité. En 1966, il imagina un atterrissage Ummite à Madrid. « Avec quelques amis, nous fîmes quelques empreintes avec un moule en plastique que nous enfonçâmes profondément dans le sol. Nous brûlâmes le sol et dispersâmes de la poussière radioactive alentour.» Ce dernier détail était ignoré jusque de ses complices. Et hélas — ou peut-être heureusement — personne n’utilisa de compteur Geiger à Aluche, sinon ils auraient trouvé la signature radiative caractéristique de certains sites d’atterrissages d’Ovnis.

      Son principal complice à Aluche et San José de Valderas fut Vicente Ortuño, ainsi que ce dernier allait bientôt l’admettre chez lui à Aluche. Ortuño était aussi le célèbre “secrétaire” des Ummites qui visita Sesma pour lui délivrer les légendaires “photos à trois dimensions” — de simples hologrammes montrant des sphères jaunes entourées de brouillard. De telles images étaient fabriquées au Japon, où elles avaient récemment été brevetées, mais étaient inconnues en Espagne à l’époque.

      Après avoir réalisé les empreintes, Jordán courut vers la ferme El Regajal et y entra en criant, ce qui fit sortir nombre de gens pour les voir. Le bruit se répandit à travers le voisinage et certains allèrent jusqu’à dire qu’ils avaient vu une étrange lumière cette nuit. « Je fus moi-même surpris », admit Jordán « que des gens à Aluche prétendaient avoir vu l’Ovni que j’avais inventé ; mais en le disant, ils pouvaient bénéficier d’un certain degré de célébrité dans la presse.»

      Jordán choisit le journaliste Antonio San Antonio pour recevoir l’histoire de l’atterrissage, car San Antonio avait déjà publié des informations sur les Ovnis. Jordán et Ortuño, séparément, comme s’ils ne se connaissaient pas, décrivirent le même objet à San Antonio. Plus tard, Jordán écrirait une nouvelle lettre Ummite dans laquelle les extraterrestres avaient atterri quelques minutes à Aluche ce jour — assez longtemps pour convaincre Sesma.

      Jordán exploita le cas d’Aluche durant une année, mais décida de pousser l’enveloppe en 1967. À cette fin, il admit avoir construit une soucoupe en plastique en utilisant deux assiettes en papier et un hémisphère transparent. Une après-midi de Mai 1967, il se rendit à San José de Valderas avec Ortuño, et avec son aide, il impressionna plusieurs rouleaux de film. « Nous suspendîmes le modèle d’un mince fil en nylon. Je me souvins avoir utilisé [un film et] une pose rapide de 1/1000 [ainsi qu’une petite ouverture], pour que la soucoupe et le paysage soient plus ou moins dans le champ et nets et que la soucoupe paraisse plus grande. »

      Une fois les photos prises, Jordán les développa lui-même. Il était photographe amateur et pouvait développer ses films, mais seulement en noir-blanc. Il força le développement et le grain de l’émulsion pour rendre le fil de nylon encore moins visible. Il choisit alors les meilleures photos, après avoir dû couper les negatifs, car les mains d’Ortuño se voyaient inévitablement sur certains d’entre eux. Ainsi, il fournit au journaliste des négatifs individuels plutôt que la bande typique de film. En suivant ses indications, nous construisîmes notre propre modèle, utilisant la même qualité de fil, un film noir-blanc de même rapidité, et exactement 30 ans plus tard, en Mai 1997, à la même heure, nous reproduisîmes les photos de Valderas.

      Jordán construisit alors des étuis de nickel pour thermomètres et une étampe personnalisée qu’il frappa du célèbre symbole )+(. Jordán garde encore cette étampe dans le même tiroir du bureau qui contient le timbre original employé sur toutes les lettres Ummites. « J’avais rencontré », se souvint Jordán, « un ingénieur de la NASA qui était alors en Espagne, et il me fournit quelques bandes d’un plastique qui était inconnu ici à l’époque, mais que la NASA utilisait couramment dans ses fusées. Le Chlorure de Polyvinyle était alors bien connu en Espagne, mais pas le Fluorure de Polyvinyle que j’utilisai. J’inscrivis l’emblème UMMO sur les bandes en me servant de l’étampe. Bien sûr, il n’avait aucune idée de l’emploi que j’allais faire du plastique. »

      Plus tard, les Ummites” prévinrent Sesma qu’un de leurs véhicules allait bientôt atteindre la Terre, et la scène ayant été déjà préparée, les ‘Ummites’ tinrent parole. Le 1er Juin 1967, il se servit d’un autre ami qui rendit visite à Antonio San Antonio pour lui révéler le scoop. Le journaliste ne rencontra jamais le photographe, car s’il avait vu Jordán et Ortuño encore ensemble, il les aurait reconnus. Jordán avait tiré des copies sur papier des négatifs et les avait déposées à l’intention du journaliste à un labo photo de Madrid.

      Jordán inventa ensuite quelques faux témoins qui corroborèrent les photos par téléphone ou courrier, tel que le fictif Antonio Pardo. “La chose la plus incroyable était que j’en vins à m’entretenir avec des gens qui prétendaient avoir vu la soucoupe, mais que je n’avais pas payé», se rappelle le mystificateur. « Je me souviens d’un certain ingénieur qui m’a même dit que le symbole sur le vaisseau spatial, qu’il avait vu sur les photos remises à San Antonio, lui faisait penser à la boîte de vitesses d’une voiture... Je fus stupéfait d’interroger des gens qui adoptaient la mystification que j’avais inventée uniquement pour apparaître dans les journaux. »

      La presse ayant été prévenue, Jordán déposa à Valderas quelques-unes des bandes et des tubes qu’il avait fabriqué. Mais comme il n’était pas certain que les gens les garderaient, il expédia l’une des bandes, qui fut plus tard analysée à l’INTA par le Général Calvo, qui était l’oncle de Rafael Farriols. [...].

      En 1993, Jordán Peña envoya deux lettres à Rafael Farriols, dans lesquelles il avouait être le seul auteur du canular. Farriols refusa de l’accepter. La raison de la confession de Jordán était double: « Je fus outragé que la secte Edelweiss grave mon emblème au fer sur les corps d’enfants innocents. Je reçus plus tard une invitation anonyme de Cuba pour assister à une réunion Ummite à la maison de Farriols, si bien que je choisis de mettre fin à l’expérience que j’avais initié, 25 ans plus tôt. »

      Jordán se référait à une lettre Ummite reçue par Farriols de Cuba qui me laisse penser qu’une nouvelle ère s’était ouverte dans l’affaire UMMO.

 

 

UMMO et les Services Secrets

      La puissance du mythe est incontrôlable, et UMMO en est un bon exemple. Jordán Peña reconnaît avoir créé UMMO, mais sa créature a grandi jusqu’à s’affranchir de son contrôle. « Je regrette avoir créé une expérience que je considère immorale et qui s’est retournée contre moi. »

      Des sectes dangereuses telles qu’Edelweiss, ou Les Amis des Frères d’UMMO, se servirent de ses rapports et des photographies de Valderas pour créer leurs propres cultes. Des imitateurs apparurent dans les villes comme La Coruña et Granada qui utilisèrent le mythe, se faisant passer pour des Ummites (n’importe quel(le) grand(e) blond(e) avec des schémas de parole étranges feraient l’affaire) pour initier des flirts ou même monter des affaires illégales. Un cas presque identique de celui de Valderas faillit se produire en Galicie, et le caractère le plus intéressant de ce canular est que ses auteurs, n’ayant pas la moindre connaissance de la façon dont UMMO avait été perpétré, suivirent quasiment à la lettre les techniques mêmes que Jordán avait utilisées. D’autre part, « Je fus peiné d’apprendre », écrit Jordán dans sa confession, « que les maux de Luis Anglada Font empirèrent à cause de son obsession avec UMMO.» Sa mère se souvient que, sur son lit de mort, il ne pouvait s’arrêter de marmonner: « Aioumma....» [le nom du Soleil d’UMMO — Ed.] Se pouvait-il que je fus indirectement responsable de son effondrement mental? » Les ‘Suicidés de Tarrassa’ perdirent la vie à cause, notamment, de leur croyance dans les rapports Ummites, et ils ne furent peut-être pas les seuls.

      Mais il y a plus grave: outre qu’il avait conditionné les croyances du groupe BURU et des adeptes de Sesma, il fonda deux nouveaux cultes: Pirophos et un groupe pseudo-Hindou. En 1993, Trinidad Pastrana avoua avoir joué le rôle de ‘Marisol’, énigmatique intermédiaire, amie des Ummites et récipiendaire de leurs étranges “rapports”. Marisol, qui apparaît dans plusieurs de leurs missives, utilisa le téléphone et ses voyages à l’étranger pour poster des lettres et des messages Ummites dans les services postaux des pays qu’elle visitait, amenant les chercheurs à croire que les Ummites voyageaient autour du monde pour collecter des données sur notre planète. La correspondance UMMO lui était dictée par Jordan Peña. Trinidad affirma qu’elle l’avait rencontré à l’extérieur d’un studio radiophonique et qu’elle fut captivée par la discussion qu’elle avait eue avec lui sur la photographie Kirlian. Les circonstances l’amenèrent à se faire hypnotiser par Jordán Peña, puis à être soumise à ses abus sexuels. Une autre femme, Mercedes Carrasco, également victime d’abus sexuels de la part de Peña, allait aussi être impliquée dans les fantasmes du parapsychologue et dans sa mystification UMMO. Elle raconta comment elle posta les lettres UMMO de Malaisie et du Zimbabwe en 1983-84. Dans un entretien enregistré, elle évoqua son implication dans l’affaire UMMO :  « Je rencontrai Jordan en 1972 ou 1973 à la Conference de la SEP, et acceptai d’être hypnotisée par lui, d’abord devant témoins et ensuite seule...»  Jordán profita d’une lettre que Mercedes Carrasco avait postée à un groupe spirituel pour se présenter en tant que ‘Maître Hindou’, l’amenant à croire que le seul moyen de compenser son ‘mauvais karma’ d’une existence antérieure était de se soumettre à une relation sadomasochiste avec lui. Quant à Pirophos, jusqu’à sept hommes et onze femmes, surtout des avocats, des économistes, des banquiers, un vétérinaire, etc. furent les victimes de la dernière création de Jordán. Dans les deux cas, le mobile était de créer un culte sadomasochiste. J’omettrai les détails sordides par respect pour les victimes et la famille de Jordán.

      En fin de compte, toutes les lettres de maîtres Orientaux, tous les messages ésotériques, tous les phénomènes paranormaux — que Jordán créait à travers un dosage habile de prestidigitation et de sa connaissance de l’électronique et de la chimie, avaient le sexe en tant que seul but, bien que Jordán prétende que son but ultime était de monter une “étude scientifique orientée vers la sociologie”. J’admets être conditionné par mes expériences, mais les auteurs de mystifications similaires, telles que l’affaire DARO ou l’atterrissage Ummite de La Coruña, firent tous la même confession lorsqu’ils furent démasqués.

 

Quelque chose de plus sinistre encore se cache sous UMMO

      Des chercheurs comme Javier Sierra arrivèrent à la conclusion que malgré que Jordán fut l’auteur intellectuel original du mythe, des agences de renseignement interférèrent dans le mélange. Pas nécessairement la CIA, mais le CESID Espagnol. « Ce fut probablement autour de 1973, quand ces étranges lettres discutant de l’abri de Piedralaves furent reçues. Mon sentiment est que le CESID essayait de voir s’il pouvait utiliser les lettres Ummites pour envoyer des messages codés qui, s’ils étaient intercepté, n’auraient pas été pris au sérieux puisque c’étaient des “lettres écrites par des martiens”. L’interference du CESID aurait été sporadique ».

      Javier était sur la bonne piste. Le CESID, en fait, et le SECED avant lui (l’agence des services secrets fondée par Carrero Blanco, de laquelle le CESID émergerait plus tard), furent tous deux impliqués dans l’affaire UMMO. Jordán admit avoir eu des contacts avec des agents du CESID au moins une fois, quand deux officiers de La Casa (“La Maison”) visitèrent la SEP pour voir si un certain médium pouvait être employé à des fins militaires.

      Il y a quelques mois, le magazine ENIGMAS publia un rapport sur le CESID et les Ovnis en Espagne. L’article mentionnait que je m’étais rendu sur le même stand de tir qu’utilisaient les agents de la police et du CESID, et que j’étais parvenu à contacter certains espions qui avaient eu des contacts avec le phénomène Ovni. Récemment, l’un de ces agents du CESID me fournit de nouvelles informations sur UMMO.

      Je dois expliquer qu’Oscar, et un autre agent qui restera anonyme, me donnèrent cette information à Zaragoza. Ils avaient accès à au moins un rapport du SECED et deux du CESID concernant UMMO.

      Selon les sources du CESID, les services secrets Espagnols infiltrèrent au moins une taupe, un lieutenant-major du SECED, dans les réunions de La Ballena Alegre. D’emblée, le SECED connut les désirs sexuels obscurs de Jordán Peña, concernant lesquels un certain nombre de poursuites avaient été déposées devant les tribunaux, mais sans suite, peut-être parce que la SECED choisit de manipuler l’affaire UMMO plutôt que de la faire disparaître en arrêtant Jordán.

      Selon Oscar et son camarade, le Ministère des Affaires Étrangères du régime de Franco demanda au Service Central de Documentation de l’informer de toute nouvelle concernant UMMO à l’étranger. Oscar, qui travaillait à La Casa jusqu’il y a quelques semaines, avait accès au Département Central des Renseignements, qui traite toute information atteignant le CESID et où il prétend avoir vu des rapports sur UMMO et Jordán Peña dans un dossier appelé “Apocalypse”, qui contient des informations sur les cultes, les Ovnis, etc. et tout ce qui pourrait menacer la sécurité nationale ou servir de couverture pour l’exfiltration d’opérateurs étrangers hors d’Espagne.

      Il est compréhensible que les Services Secrets soient intéressés par des réunions qui, sous la dictature de l’époque de Franco, rassemblaient des policiers, des militaires, des docteurs, des intellectuels et même une secrétaire de l’embassade U.S. à Madrid, tous dans la même cave. Un festin pour toute agence de renseignements. Particulièrement en tenant compte que l’affaire UMMO avait atteint la Famille Royale d’Espagne elle-même.

      Et il ne serait guère surprenant de découvrir que ces mêmes agences ou d’autres soutinrent le mythe en manufacturant les preuves à La Javie, en créant des lettres contenant des concepts scientifiques avancés, en induisant certaines observations, etc.

      La dernière lettre UMMO à laquelle j’eus accès fut reçue le 26 Août 1996. J’ai des raisons de croire qu’elle avait la même origine que celle reçue auparavant, le 15 Juillet 1996 et que celle expédiée de Cuba en 1993. Ces lettres cherchent à recréer le réseau de récipiendaires du légendaire “Groupe de Madrid”. Mon opinion est que Jordán Peña n’est pas impliqué dans ces nouvelles lettres Ummites. Une nouvelle ère dans l’affaire UMMO s’est ouverte.

      Récemment, des pays tels que la France, la Roumanie et le Japon ont publié de nouveaux livres sur UMMO basés sur des prémices ridicules: l’Internet a des pages web renouvelant le même vieux mythe pour les jeunes qui sont nouveaux au phenomène Ovni. Pire: chaque nouvelle année nous apporte son lot de suicides de contactés, qui mettent fin à leurs jours à cause de leur croyance aux extraterrestres, comme cela se produisit à Tarrasa. Mon humble avis est que les ufologues ne devraient pas aider ou se faire les complices de cette situation. UMMO reste la grande question sans réponses de l’ufologie Espagnole. Il est de notre devoir moral — chercheurs et journalistes — d’empêcher le mythe extraterrestre d’affecter les vies de nos lecteurs, indépendamment de sa nature réellement exogène ou non. Même si les Ummites avaient vraiment écrit leurs lettres sur Wolf-424, nous ne devrions pas nous accommoder de l’existence de groupes tels qu’Edelweiss ou de suicides comme ceux de Tarrasa. Sinon, nous ne serons jamais capables de décrire ce qui est réellement derrière le phénomène Ovni. Que Dieu rétribue les destinées et que chacun agisse selon sa conscience.

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Pirophos, le petit frère d’UMMO

Eric Wynants

      Trente-deux ans après son lancement, la mystification Espagnole UMMO s’impose encore à notre attention chaque fois qu’elle est mentionnée. Bien qu’ils ne constituaient pas exactement une secte, étant donné l’absence d’un chef charismatique et d’objectifs clairs, les croyants à la planète UMMO et aux “Ummites” bienveillants ont certainement persévéré de façon religieuse. “Son nom même aurait dû la trahir,” dit le créateur de la mystification, Jose Luis Jordán Peña, en se référant au fait que UMMO partage les mêmes sons quand on le prononce que le mot Espagnol pour “fumée.”

      Le journaliste Galicien Bieito Pazos obtint un long entretient avec ce personnage fascinant, glanant des détails sur les hommes blonds de l’espace venant de l’étoile Wolf 424 et, de façon plus importante, sur un vrai culte qui se forma dans le sillage de expérience UMMO: une assemblée d’hommes et de femmes très intelligents [NDT : j’ai quelques doutes!] appelée PIROPHOS.

      L’intérêt exprimé dans la photographie Kirlian par certains membres de la “Sociedad de Parapsicologia” fit réaliser à Jordán Peña que les gens, indépendamment de leur niveau économique ou leur éducation, étaient fascinés par tout phénomène duquel de la lumière émane de façon étrange.

      Cela le conduisit à inventer la divinité “Pirophos” et à rassembler quelques vingt personnes dans une chambre mal éclairée de Madrid. L’une de ses co-conspiratrices, connue en tant que “C,” [Mercedes Carrasco?] lisait une lettre, truc qui avait bien fonctionné pour UMMO, à la congrégation, “de la part de notre bien-aimé chef charismatique Phoros,” qui vivait quelque part aux États-Unis. Quand la lumière s’éteignait, l’audience était stupéfaite de voir une lumière bleutée émaner de la bouche de C. — preuve manifeste que le Dieu Pirophos avait choisi le locuteur en tant que “Phosélèk régional” pour toute l’Espagne.

      Le mystificateur raconta à l’enquêteur que la lumière bleutée était “un phénomène triboluminescent élémentaire et pourtant méconnu qui demande l’usage de substances communes et facilement digestibles.”

      Mais ce n’était pas la seule surprise que le maître ès mystifications réservait à ses disciples nantis: sur une table couverte d’un drap violet se dressait un grand récipient de verre qui contenait une lumière scintillante inondant les visages de tous les participants d’une étrange lueur. Maint économiste, docteur et ingénieur présent s’agenouilla vivement en présence du Dieu Pirophos—qui n’était autre qu’un choix de bactéries bioluminescentes dans un milieu de culture d’agar. Plus tard, expliqua Jordán Peña, “Pirophos” se manifesterait dans un composé de phosphore dilué dans du kérosène ou du toluène.

      Les Pirophoréens, pour les appeler par leur nom, étaient invités à respecter un “code moral” élémentaire façonné par le mystificateur lui-même: ils s’engageaient à étudier la physique et la biologie, à être gentils envers leurs époux et enfants et, surtout, de garder strictement confidentielle leur nouvelle religion. Les cultistes étaient aussi informés que le guide suprême de leur nouvelle foi était un homme appelé George Lipton à Albany, N.Y. (Jordán Peña était parvenu à placer un certain Theodore K. Polk de la société Export, P.A. parmi les dramatis personae de la saga UMMO). George Lipton vivait en séclusion complète après avoir atteint le rang de “Phoros”— le plus élevé qui puisse être atteint dans le culte Pirophoréen. Mr. Lipton était condamné à la clandestinité par son corps qui luisait désormais d’une brillante lumière bleue...

      “Voilà la récompense ultime,” affirmait Jordán Peña, “que de devenir le Dieu Pirophos lui-même — vivant immortel et immunisé contre toute maladie ... mon eschatologie était plutôt simple: le monde finirait en 4634 à cause de l’explosion d’une supernova à 220 années-lumière de la Terre. À cette époque, tous les adeptes qui avaient atteint le rang de Phoros seraient à jamais unis dans cette lumière Universelle connue sous le nom de Pirophos.”

      Mais au début des années 90 le maître mystificateur décida de mettre fin à son culte, de la même façon dont il l’avait fait pour UMMO. Les Adeptes acceptèrent le fait qu’ils avaient été dupés avec un mélange d’étonnement et d’amusement. “Seuls deux,” relata Jordán Peña à Pazos, “persistent et restent fidèles à cette lumière mystérieuse.”

      Le ton de Jordán Peña au cours de son entretient avec Pazos était celui d’un écolier facétieux évoquant ses escapades de jeunesse. Homme cultivé, le créateur d’UMMO et de Pirophos n’est pas tendre avec les naïfs, et ses deux communautés fictives semblent vouloir placer la crédulité humaine sous la lumière crue de l’investigation publique.