Loin de moi l’idée de jouer à l’apprenti Jean-Jacques (Velasco). Toutefois, à la lecture de «The Day After Roswell», ça me démange et j’accuse : «ce bouquin – dont le seul but est de nourrir l’ego d’un homme - est une farce destinée à faire entrer son auteur dans l’Histoire. C’est raté et je vous le démontre».

Le Colonel Philip Corso est décédé cet été. Triste nouvelle. On se consolera en lisant son bestseller «The Day After Roswell» (Pocket Books/Simon & Schuster, 1997), un témoignage sur ce qui s’est passé à Roswell et sur les conséquences de la récupération d’un vaisseau extraterrestre.
 

                                                                                 l’arme du crime
 

En la personne du Col. Corso, l’Humanité a non seulement perdu l’un des seuls témoins encore en vie du crash de Roswell, mais aussi un grand homme toujours présent lors des grands moments, côtoyant les plus grands (J. Edgard Hoover, Robert Kennedy) et toujours triomphant. Au fil de son récit, il est le héros de (accrochez-vous, la liste est longue) : la crise des missiles, le projet de la «Guerre des Etoiles», la révélation des Prisonniers de Guerre en Corée, la découverte des espions du KGB au sein de la CIA et, enfin, de l’enquête sur l’assassinat de JFK, en qualité d’enquêteur pour la Commission Warren. Telle est la version des faits dans son bouquin. Last but not least, il est aussi le héros de la guerre contre les EBE.

Je le cite : «des fois, pendant un certain moment, vous avez l’opportunité de sauver votre pays, votre planète, et même votre espèce en même temps». C’est beau, n’est-ce pas ?

Corso, c’est un peu le Capitaine Corsaire !
 

LE CONTENU DU BOUQUIN

La thèse principale de «The Day After Roswell» est que toutes nos avancées technologiques (les microcircuits, les lasers, les fibres optiques, le four à micro-onde, le projet SDI) découlent de l’exploitation de la technologie de l’OVNI récupéré à Roswell. Et tous ces développements ont été rendus possibles par… Corso lui-même qui géra l’ensemble du projet alors qu’il
était assigné au Département de Recherche et de Développement de l’Armée au début des
années 60. Une forte tête, ce Corso !

A part ces bricoles, Corso ne nous apprend rien de nouveau et confirme ce que l’on sait déjà. On notera quand même une petite nouveauté : il affirme que l’un des Aliens fut abattu par un G.I. alors qu’il tentait de s’échapper du lieu du crash. En gros, il a repris, à son compte, des informations déjà publiées, des rumeurs ou des fuites. Il rapporte également de nombreuses informations de seconde-main dont on ignore les sources. De plus, la plupart des informations concernent la période d’après 1963, date à laquelle il quitta le bureau de Recherche et de Développement. Comment a-t-il obtenu ces informations alors qu’il n’y avait plus accès ?
 

LA MEMOIRE SELECTIVE DE CORSO

Si Corso peut facilement se remémorer – dans les moindres détails - les discussions qu’il eut 30 ans plus tôt avec son chef (le Lt. Général Arthur Trudeau), c’est l’amnésie totale lorsqu’il s’agit de localiser l’endroit précis du crash ou de fournir l’exacte chronologie des événements de ce qu’il appelle le «plus grand événement dans l’histoire de l’humanité». Avec tout le respect que je lui dois, c’est bien regrettable !
 

CORSO EST INDISPENSABLE POUR LE GOUVERNEMENT AMERICAIN

Donc, début 61, il prend en charge le bureau de Recherche et de Développement de l’Armée pour exploiter la technologie alienne. Et figurez-vous que, selon Corso, pendant 14 ans (de 1947 à 1961), cette technologie fut soigneusement planquée dans un bureau, avec plein de poussière dessus. Devinez pourquoi ? Pour que Monsieur Corso puisse et veuille bien s’en occuper ! Je n’invente rien, le gouvernement américain a bien attendu toutes ces années avant de daigner jeter un coup d’œil à cette technologie – par l’entremise du Colonel Corso - pour une éventuelle exploitation contre les Russes et les Aliens !
 

CORSO EST JAMES BOND ET DAVID COPPERFIELD

Et c’est là qu’il se rend compte que la CIA est à ces trousses, car c’est la gue-guerre entre les différentes factions du gouvernement et cette dernière veut absolument s’approprier le plus d’informations possibles sur Roswell. Tel le James Bond moyen, en mai 1961, il se rend dans le bureau – situé à Langley - du directeur des opérations secrètes, Frank Wisner, et le menace de porter une arme s’il est encore suivi par ses hommes ! Il ne plaisante plus ! Fin 1961, toujours selon Corso, Wisner est retrouvé pendu dans sa chambre d’hôtel à Londres.

C’est là que ça commence à se corser sec pour Corso : en fait, Wisner fut hospitalisé et remplacé à ce poste en août 1958, d’abord par Richard M. Helms puis par Richard M. Bissell, le 1er janvier 1959.

Bissell est l’architecte des U-2 et des projets de satellite espion de la CIA mais aussi de la désastreuse invasion de la Baie des Cochons.

Corso ne lisait-il pas les journaux à l’époque ? Le nom de Bissell – associé à l’invasion de la Baie des Cochons - était cité à la Une de tous les quotidiens (par exemple, cf. l’édition du New York Times du 21 avril 1961). Corso n’était-il pas un expert du renseignement ?

Pire encore, le bureau de Wisner, en 1961,  n’était pas à Langley mais à Londres. De plus, le nouveau Q.G. de la CIA à Langley n’ouvrait qu’en septembre 1961. Comment fait Corso pour se rendre en mai 1961 à un endroit encore en construction voir un homme occupant d’autres fonctions et se trouvant de l’autre côté de l’atlantique ? C’est David Copperfield revival ?

Le bouquet : Frank Wisner ne s’est pas pendu dans un hôtel londonien, mais se tira une balle dans la tête dans sa ferme familiale, à Galena, Maryland, le 29 octobre 1965.
 

CORSO RETOURNE A L’ECOLE REVISER L’HISTOIRE ET LA GEOGRAPHIE

Le problème, c’est que JFK annonça sa décision d’envoyer un homme sur la lune le 25 mai 1961. Il parle également du site du crash de San Augustin «proche» de Roswell AAF. En fait, le lieu du crash est à 250 km de la base, vers Socorro !
 

CORSO RETOURNE A L’ECOLE REVISER LES MATHEMATIQUES

Encore plus fabuleux : il affirme qu’il n’était que «cinq ou 6» au sein des 3 branches militaires à connaître le dossier sur Roswell. Puis, quelques pages plus loin, il explique comment les débris furent dispersés vers une multitude de services gouvernementaux. Sans compter le comité du «Majestic 12» (là, ils sont déjà 12 !) qui possède des agents stationnés au Pentagone. Additionnez encore les techniciens qui travaillèrent sur la technologie alienne à Norton, Edwards et Nellis AFB, comme il l’affirme. Plus loin, Corso admet qu’ «un GRAND NOMBRE d’individus savaient la vérité» sur Roswell. Si je comprends bien, après 14 ans, le secret n’était connu que de 5-6 hommes et que 5-6 hommes, c’est un GRAND NOMBRE. Intéressant.
 

SOURCES

THE DAY AFTER ROSWELL, Col. Philip Corso, Pocket Books/Simon & Schuster, 1997

EXCLUSIVE EXPOSE! Colonel Philip Corso and William Birnes' Bestselling Book Exposed as a Hoax! By Brad C. Sparks