L’UFOLOGIE POUBELLE
PAR FABRICE BONVIN
«Si la science un jour règne seule,
les hommes crédules n'auront plus
que des crédulités scientifiques»
France (Anatole François Thibault, dit Anatole),
La Vie littéraire (Calmann-Lévy).
L’équipe de chercheurs, qui s’est donnée rendez-vous à Pocantico (du 29 septembre au 4 octobre 1997) afin d’examiner les traces physiques liées à des apparitions d’OVNIs, a tenté de réconcilier OVNIs et science. Le comité, présidé par Peter Sturrock (de Stanford), était composé de 9 scientifiques (Von R. Eshelman, Randy Jokipii, etc…) et de 8 spécialistes des OVNIs (Jacques Vallée, J.F. Shuessler,…). C’est avec une attitude sceptique que les auteurs du Rapport Sturrock, financé par Laurance Rockefeller, ont conclu que le phénomène OVNI méritait une investigation scientifique sérieuse tout en regrettant que, jusqu’à présent, la plupart des recherches sur les OVNIs ne présentaient pas le niveau de rigueur exigé par la communauté scientifique.
De nombreux Ufologues critiquent l’attitude «frileuse», le manque d’intérêt ou carrément le mépris de la communauté scientifique pour les OVNIs. C’est évidemment affligeant de constater que malgré les milliers de témoignages recueillis, les preuves physiques de tous genres (enregistrements radars, photos, films, traces au sol) récoltées, les scientifiques s’évertuent à dénigrer et à faire l’impasse sur ce passionnant défi qui leur est proposé.
Bien sûr, les raisons motivants cette attitude sont multiples. Elles peuvent s’expliquer par de simples caractéristiques idiosyncratiques comme la peur du ridicule, ou encore par le fait que la plupart des scientifiques sont tout simplement ignorants du contenu du dossier OVNI.
La majorité de la communauté ufologique déplore et condamne cette approche du phénomène indigne de la science mais, en même temps, semble incapable de mobiliser ses maigres ressources pour attirer les scientifiques dans son sillage. Il faudra l’intérêt d’un seul homme (certes riche et influent), c’est-à-dire l’intervention du milliardaire philantrope Laurance Rockefeller pour qu’un premier (r)approchement entre Ufologues et Scientifiques ait lieu !
C’est un comble ! La communauté ufologique doit prendre conscience qu’il est dans son intérêt de collaborer avec la science afin de gagner en crédibilité, en ressources (matérielles et financières) et en connaissances (know-how). Nous devons donc y travailler. Et ce sera essentiellement la tâche de nos représentants les plus charismatiques et influents.
La collaboration n’ayant pas encore commencée, c’est là qu’un obstacle majeur apparaît : la crédibilité de nos leaders-représentants.
Comment définir ces 20 dernières années dans notre petit monde ufologique ? Par la décadence, essentiellement : l’esprit des années 70 caractérisé par une logique rationnelle, une pensée informative a été littéralement balayée par une logique naturelle, sous l’impulsion de nouveaux leaders, majoritairement américains. Cette logique naturelle, où la conclusion prime sur l’analyse et sur le raisonnement, n’a pas permis une continuation d’une approche sérieuse du phénomène, telle qu’elle avait plus ou moins cours il y a deux décennies. L’emprise des Ufologues américains sur le reste du monde a aiguillé l’Ufologie sur les rails du sensationnalisme et du fantasmagorique.
Adieu les Hynek, les Fouéré !
Nos leaders actuels ont littéralement ridiculisé l’Ufologie auprès des scientifiques. Il est difficile de leur en tenir rigueur étant donné l’engouement du public pour le phénomène OVNI (en témoignent X-Files, Dark Skies, etc…), donc des dollars qui sont susceptibles d’être engendrés pour répondre à cette demande. Bref, les Auteurs/Ufologues charismatiques ont attrapé la balle au bond : pondre des bouquins, le plus possible, avant que l’Ufologie soit moins d’actualité, donc moins rentable.
Parallèlement, le public demandeur est, bien souvent, du niveau du lecteur de tabloïds (à-là-Weekly-Word-News). Plus c’est sensationnel, mieux c’est et mieux ça se vend ! «Mon chat est un E.T. de Zuxos, il a mangé mon frigo» est un titre d’ouvrage qui pourrait faire un tabac !
Dans ces conditions, l’offre s’adapte à la demande : Gulf Breeze, l’autopsie de Ray Santilli sont quelques exemples de rejetons de cette ufologie-poubelle.
Par exemple, Whitley Strieber a témoigné, suite au best-seller de Budd Hopkins (sur les rapts extraterrestres), de ses expériences répétées d’enlèvements par des Gris. On aurait pu s’attendre à une analyse, à des critiques, des enquêtes sur son témoignage. Non, rien ! Ni le MUFON ni le FUFOR n’ont daigné se pencher sur les allégations du célèbre écrivain : c’est au public de critiquer, de se faire une opinion pendant que la communauté ufologique reste de marbre ! Pire encore : Le MUFON souscrit ce genre de cas en invitant l’auteur comme «special guest» aux symposiums.
Des sommes d’argent importantes sont en jeu. Les intérêts particuliers priment sur l’intérêt général de connaître la vérité. Whitley Strieber a signé la préface du dernier bouquin de Stanton Friedman : ce dernier prend donc pour argent comptant les déclarations de Strieber sans avoir mené d’enquête scientifique. La raison de cette démarche prouve, s’il en est besoin, que Strieber fait vendre et que les dollars souillent le sérieux de la recherche ufologique.
Cette ufologie-poubelle est présente à tous les niveaux. Les magouilles, mensonges, tricheries sont l’apanage de nos leaders qui n’ont cesse de clamer que l’Ufologie doit être prise au sérieux. Mais comment peut-on prendre cette discipline au sérieux si ces leaders ne font pas preuve de sérieux, de franchise et d’impartialité ?
En voici quelques illustrations parmi tant d’autres :
- Richard Hoagland se prend pour Nostradamus et espère que l’une de ses nombreuses prédictions se réalisent (afin de s’en mettre plein les poches : celles-ci ne se sont pas révélées (notamment sur Artbell)).
- Michael Hesseman a repris les interviews de témoins d’OVNIs réalisés par d’autres chercheurs, a substitué la voix d’origine par la sienne pour se les accaparer.
- Walt Andrus (Président du MUFON) a viré Rex Salisberry (Col. USAF à la retraite) et sa femme Carol pour avoir démontré que Ed Walters a truqué ses photos de Gulf Breeze.
- Jim Dilettoso a admis qu’il a menti sur son bagage et qu’il a utilisé les entêtes de la NASA alors qu’il n’était plus employé dans l’agence
- Bruce Macabbee a intentionnellement bâclé ses analyses des polaroids de Ed Walters, en compensation de milliers de dollars versés par Morrow Publishing.
- Bob Lazar a menti sur son bagage et sa formation d’ingénieur.
- Ray Santilli : on connaît la chanson…
- Randolph Winters a carrément volé des photos à Meier (encore un charlatan) et a attribué ces clichés à un soi-disant contacté (qui ne l’est pas) de Floride. Ce «contacté» a ensuite filmé un ballon publicitaire – éclairé de nuit – de Virgin en le faisant passer pour un OVNI (cf. Dossier OVNI numéro 12, l’OVNI avec les feux clignotants poursuivi sur l’autoroute !).
- Bill Cooper a inondé le Web de ses inepties, menti sur son passé militaire et menacé quiconque s’opposait à lui (en insultant des enfants en direct à la radio, ou par menaces de mort interposées).
- Britt et Lee Elders ont produit un documentaire amateur sur la vague mexicaine (cf. dossier OVNI numéro 4), en sachant pertinemment bien que l’OVNI du 11 juillet 1991 était en fait Vénus !
- Wendelle Stevens a induit en erreur pas mal de monde avec ses analyses douteuses du cas Billy Meier. Il s’est récemment distingué en «molestant» un enfant, 5 ans de prison.
- Philip Corso se distingue par ses délires mythomaniaques, cf. mon article «Le Corso Fleuri».
- Derrel Sims affirme que 16 scientifiques ont étudié
les implants aliens. Quels sont leurs noms et leurs qualifications, une
fois pour toute ?
Voilà. Le mystère des OVNIs mérite bien mieux que
cela. Ces attitudes en amusent peut-être certains, d’autres en sont
dégoûtés. D’ailleurs, de plus en plus d’Ufologues sérieux,
compétents et avides de vérités jettent l’éponge,
abandonnent l’Ufologie devant ce triste spectacle. Faisons en sorte que
cela ne se reproduise pas ; on ne peut pas se le permettre. Ces gens là
sont trop rares.