Vladimir Jirinovski : une marionnette à la solde du Kremlin

Par Fabrice Bonvin

Jiri est-il l'ultranationaliste, le Führer en herbe ou le Le Pen à la russe dépeint par les médias ? Et bien, non !

Ce leader du Parti libéral-démocrate (LDPR) est en fait un opposant fictif. C'est le joker du Kremlin qui lui permet de manipuler les électeurs, tenir au Parlement russe, pousser les pions de Moscou à l'étranger et barrer la voie du pouvoir aux opposants.

Il a d'abord servi à décrédibiliser les démocrates puis à faire barrage aux communistes. Maintenant, il sert à faire obstacle à l'opposant de la nouvelle élite russe, le très populaire Général Lebed.

Pour l'instant, Jiri continue de bien remplir sa mission de faux nationaliste, d'opposant fictif, chargé de transformer discrètement le vote protestataire en voix supplémentaires pour le pouvoir. Ses députés d'opposiiton sauvent régulièrement en sous-main le gouvernement pendant que Jiri vocifère contre le Kremlin à la tribune.

"Dans les périodes de crise, Vladimir vote toujours pour le pouvoir. Il est contrôlé à 100 % par le gouvernement" dit Alexeï Zakharov, député du parti Iabloko (opposition démocratique). Avant chaque vote important, Vladimir visite le bureau du Premier ministre Viktor Tchernomyrdine. Après avoir soutenu publiquement une résolution communiste de destitution de Boris Eltsine en janvier, le parti de Vladimir Jirinovski a brusquement fait volte-face en s'abstenant lors du vote de la loi en février.

Exclu en 1996 du parti de Jiri pour avoir accusé le leader de "ne pas appliquer son programme nationaliste", Alexandre Vengerovski a été victime d'un attentat : neuf balles tirées par des tueurs à gage lui ont coûté une jambe. "Vladimir a écarté tous les vrais nationalistes de son parti, pour ne garder que les faux, transformés en serviteurs de Boris Eltsine", raconte-t-il. "C'est une des plus grandes manipulations de l'opinion publique" ajoute-t-il.

Trois hommes ont fondé le LDPR : Alexandre Iakovlev, Valentin Kouptsov et Viktor Mironienko et le parti bidon a été enregistré le 31 mars 1990, deux semaines seulement après l'instauration du multipartisme.

Aujourd'hui, dans la nouvelle Russie, le soutien du LDPR au pouvoir n'est pas gratuit. Il se vend même très cher. "L'appui de Jirinovski est secrètement financé par le gouvernement et les groupes financiers proches du pouvoir. A la Douma, il échange les voix de son parti contre de l'argent" confie Alexandre Vengerovski. "Il reflète l'opinion du FSB (le nouveau nom du KGB) mais aussi de tous les ministères de force, l'armée et le Ministère de l'intérieur" souligne Alexeï Zakharov, le député de Iabloko.

Moscou utilise Jiri de deux façons. D'abord, il fait peur à l'occident "voilà ce qui vous arrivera si vous ne nous écoutez pas", explique Alexeï Zviagin, un ancien du LDPR. Ensuite, le Kremlin se sert de lui pour les missions peu recommandables. Ainsi, Jiri se rend chez les Serbes de Bosnie, chez Kadhafi ou chez Saddam. Il démine moralement et politiquement le terrain pour les discrets diplomates russes qu'il précède.

" En politique intérieure, il est utilisé pour voler des voix à l'opposition réelle, communiste" explique l'écrivain Sergueï Plekhanov.