Étranges forces éthériques

C.P. Kouropoulos

kouros@ovni.ch



 

L’éther, concept-clé de l’électrodynamique de la fin du 19ième siècle

 

Maxwell et l’éther

      Quand James Clark Maxwell achève de formuler l’électrodynamique en 1870, c’est en analogie hydrodynamique avec un milieu mystérieux, l’éther. Dans ce contexte, le champ magnétique n’est autre que la vorticité de courants éthériques invisibles (correspondant au potentiel vecteur), le champ électrique un résultat de la tension éthérique (le potentiel scalaire). De même définissait-on un courant de déplacement dans l’éther. Les ondes hertziennes étaient celles, radiantes et transverses, que propageait l’éther, et l’on connaissait aussi des phénomènes vraisemblablement éthériques plus mystérieux: la radioactivité, les rayons cathodiques et les rayons X, voire les plasmoïdes, chargés ou neutres. 

 

Forces et phénomènes éthériques

      Quand un savant ou un expérimentateur de cette époque parle de phénomènes ou de forces éthériques, il se réfère donc à des manifestations tangibles liées à ou engendrées par l’électromagnétisme, science de l’éther, dans la matière ou dans le vide: forces dans les plasmas,  relation entre gaz ou plasmas (vapeurs éthériques) et courants, potentiels, ondes ou champs électromagnétiques (qualifiés d’éthériques), l’électrochimie ou la magnétochimie (la chimie éthérique), la spectroscopie, l’effet Peltier, etc. L’article qui suit aurait pu s’appeler «Ovnis, propulsion par forces éthériques...» à la fin du dix-neuvième siècle.

 

Mort et résurrection de l’éther

      En 1905, Einstein publie sa relativité restreinte qui réconcilie mécanique et électrodynamique en évacuant la question de l’éther, dont l’existence ou l’inexistence est désormais jugée comme une question sans grand intérêt pratique. Il va en résulter une reformulation esentiellement sémantique de tous les phénomènes précédemment mentionnés qui perdront leur épithète d’éthérique pour recevoir leurs noms modernes, encore en usage, impliquant tel ou tel aspect de l’électrodynamique. Plus tard, des ersatz modernes de l’éther réapparaitront dans la relativité générale, avec l’espace-temps en tant que milieu que courbe l’énergie-impulsion de la matière, et dans la théorie quantique des champs sous la forme des fluctuations du Point Zéro. Désormais l’éther était plus qu’un milieu, c’était un milieu énergétique. 

 

 

 

L’éther au 20ième siècle

 

L’éther relativiste et quantique

      Quelles sont les conséquences pratiques du nouvel éther moderne? En théorie des champs, il y a les forces de Van der Waals entre atomes, et de Casimir entre surfaces qui résultent de différences de l’énergie du Point Zéro. L’électrodynamique quantique la considère comme une constante inobservable et sans signification, seules les différences dynamiques liées aux entités matérielles étant significatives et mesurables. Ces différences induisent toutes des forces conservatives, c’est-à-dire que le cycle fermé d’un atome déplacé par rapport à un autre sur un chemin fermé ne dégage ni ne consomme aucune énergie. On ne peut donc pomper l’énergie du point zéro dans un système cyclique. En outre, les forces du Point Zéro n’apparaissent qu’à des distances nanoscopiques, près de l’échelle atomique, en modifiant subtilement la dynamique des gaz ou la nième décimale de telle transition spectroscopique, par le décalage de Lamb, par exemple. Tout indique que cette énergie du Point Zéro comptabilise des mouvements résiduels de la matière. De même, l’espace courbe d’Einstein, voire des phénomènes comme la parallaxe liés à un éventuel référentiel privilégié représentent des corrections subtiles, invisibles au premier ordre. Certes, dans la mesure ou la gravitation serait une manifestation macroscopique de forces du type Van der Waals, elle serait une conséquence de l’énergie du Point Zéro, et l’utilisation des potentiels gravitationnels dans une cascade ou une usine marémotrice impliquerait cette énergie liée, rappelons-le, à des forces conservatives. Mais là encore, il s’agit d’une reformulation essentiellement sémantique du connu. 

 

Malentendus et désinformation

      À l’évidence, les manifestations observées par les savants ou les inventeurs du dix-neuvième siècle et qualifiées par eux d’éthériques impliquaient essentiellement l’électromagnétisme, les plasmas voire les rayonnements ionisants et le nucléaire dans les milieux matériels ou le vide, mais devaient très peu aux subtiles corrections que l’éther quantique moderne apporte à la dynamique des gaz, à la spectroscopie ou à la tribologie, découvertes par Van der Waals, Lamb et Casimir respectivement. Vouloir à tout prix y voir la marque de l’énergie du vide quantique, inconnue, insoupçonnée et même inconcevable au dix-neuvième siècle et aujourd’hui généralement considérée comme une quasi-fiction mathématique de la théorie quantique, alors inexistante, quasi-fiction néanmoins utile dans le voisinage de la matière pour calculer certaines corrections et forces résultant de sa dynamique et induisant celle de certains champs, est une bourde majeure. Prétendre que seule la réintroduction de l’éther dans la physique nous aidera à redécouvrir certains de ces phénomènes exotiques me semble abusif.

 

 

L’enjeu véritable du 21ième siècle

      Achevé en 1971 avec la chromodynamique quantique, le Modèle Standard est un édifice hétérogène et byzantin qui tente de décrire les entités matérielles fondamentales et leurs interactions. Le problème, c’est que plutôt que d’admettre que ce Modèle Standard, essentiellement perturbatif, décrit avec succès la physique dans un certain régime linéarisable aux basses, aux hautes énergies et représente vraisemblablement une approximation de phénomènes encore inconnus, avec certaines limites de validité déjà connues depuis le début du 20ième siècle, on en a fait une sorte de dogme religieux utilisé pour discréditer tout phénomène qui s’écarterait de l’orthodoxie.

      Quels sont ces phénomènes dérangeants? La fusion froide ou tiède, les transmutations nucléaires à basse énergie, la radioactivité électromagnétiquement stimulée, certaines réactions magnétochimiques exotiques, et l’antigravitation, si elle se confirmait. Tous auraient été qualifiés de manifestations de forces éthériques à la fin du dix-neuvième siècle, dans la mesure où l’électromagnétisme les induit.

      À l’instar de l’Alchimie, ils sont, pour la plupart, connus depuis longtemps bien que ridiculisés et censurés par le monde académique moderne. Demandons-nous, par exemple, comment un expérimentateur de la fin du dix-neuvième siècle, tel que Keely, décrirait la production d’énergie par radioactivité électromagnétiquement stimulée dans un générateur électrostatique à turbine et air comprimé? Eh bien, en utilisant le langage de son temps, il dirait que sa turbine produit des forces et polarisations éthériques, qu’à certaines fréquences engendrant de fortes résonances éthéro-acoustiques, des atomes sont désintégrés et libèrent une immense énergie sous forme d’une vapeur éthérique, lumineuse dans l’obscurité. Il dirait aussi que ces forces éthériques affectent la psychologie selon leur fréquence et leurs harmonies. Pour comprendre ce que Keely décrivit, il faut traduire en langage moderne. Mais cela demande de reconnaître ce que les gens de cette époque qualifiaient d’éthérique: l’électromagnétisme et les phénomènes afférents dans la matière, elle-même visualisée sous la forme de tourbillons éthériques. Et non ce qu’un théoricien moderne des champs quantiques entendrait, c’est-à-dire les oscillations résiduelles du Point Zéro et les forces de Van der Waals.

      La reconnaissance publique de ces « phénomènes interdits » dérange à la fois le clergé scientifique, en montrant les limites de ses connaissances et, dans la mesure ou ces phénomènes sont technologiquement exploitables pour produire de l’énergie, voire déjà exploités dans le domaine militaire ou spatial, cette reconnaissance équivaudrait à une perte de suprématie stratégique, que les États-Unis en particulier souhaitent maintenir coûte que coûte dans une optique de domination impériale. S’y ajoutent les intérêts monopolistiques de certaines multinationales, des états producteurs de pétrole et des services fiscaux de chaque société consommatrice. Bref, il y tout un faisceau d’acteurs dont les intérêts s’opposent à une telle reconnaissance et dont les actions, qu’elles soient ou non concertées, équivalent à une conspiration de fait.

      L’une des méthodes éprouvées pour retarder l’avancée de nouvelles énergies est de jeter le doute et la confusion. À l’intention des milieux académiques et de ceux qui les financent ou les publient, ce sont les déclamations sans cesse répétées des inquisiteurs de la fusion froide qui s’évertuent à nous expliquer pourquoi elle est impossible selon le modèle standard des années soixante utilisé abusivement et à la va-vite, mais qui omettent toute référence aux travaux expérimentaux et théoriques de qualité, sans cesse plus nombreux, montrant que c’est possible et expliquant pourquoi. C’est la censure sur la publication de ces travaux par les journaux spécialisés les plus prestigieux, dans les mass-média, et la quasi-interdiction de les breveter qui représente un frein à leur industrialisation.

      À l’intention des expérimentateurs, c’est la prolifération intentionnelle de pseudo-théories délirantes ou inutiles, ainsi que de rumeurs infondées servant à masquer la réalité interdite. Dans ce contexte, mentionnons la promotion infatigable de l’éther relativiste quantique et des énergies du point zéro, répercutée par Physical Review D, New Scientist et Scientific American dans le monde scientifique, par des sites tels que Keelynet, ainsi que des conférences et des livres à l’usage des expérimentateurs autodidactes, qui nous expliquent que l’on n’arrivera à rien sans réintroduire l’éther, c’est-à-dire l’énergie du Point Zéro, dans la physique expérimentale.

      Les partisans les plus célèbres de l’énergie du Point Zéro et de l’éther sont Tom Bearden, un ex-colonnel US; Harold Puthoff, ex-agent de la NSA au sein de la scientologie, si ce n’est le contraire (mais ont-ils vraiment coupé les ponts avec leurs anciens employeurs?), à quoi il faut ajouter LaViolette et Jerry Decker, les sympathisants des précédents. Leurs articles, congrès, tournées de conférences, interventions sans cesse répétées sur le web nous affirment que l’énergie du point zéro est le futur, et qu’en dehors d’elle et de l’éther, point de salut. Jerry Decker tenta même une divinisation religieuse de l’éther de Maxwell à la manière de Taite et de Blavatsky, au sein de Mondes spirituels de matérialité invisible. De même, l’importance stratégique d’un phénomène tel que l’EMHD, lié ou non à des ondes radio-acoustiques à champs de forces longitudinaux, parfaitement intelligible selon la physique standard, peut être jugée par les efforts immenses et répétés pour proposer des alternatives insensées, comme les *ondes électromagnétiques scalaires* de Tesla à composantes *gravitationnelles hyper-dimensionnelles* promues par Thomas Bearden et, avant cela, la transformation en charabia sur les *Ondes de forme* de la description des expériences de Pavlita avec des micro-ondes et des antennes spirales dans le best-seller de Sheila Ostrander et Lynn Schröder, *Fabuleuses expériences parapsychologiques derrière le rideau de Fer*.

      Et il y eut l’inutile et problématique électrodynamique O(3), publiée dans Foundations of Physics, chez Kluwer et World Scientific, justifiant le MEG de Bearden qui, semble t-il, ne doit sa sur-unité qu’à des erreurs de mesure.

      À l’usage de l’élite de la physique mathématique, c’est la promotion dithyrambique de théories hypermathématisées généralement déconnectées du réel, mais postulant que les dogmes du Modèle Standard, avec leur interprétation standard en mécanique quantique et en relativité générale continuent tous à s’appliquer tels quels sur des espaces multidimensionnels surréalistes, jusqu’à l’énergie de Planck et au-delà. Voilà une bonne façon d’occuper et d’épuiser les intelligences potentiellement créatrices dans des projets incertains.

      Reformuler le Modèle Standard, ses entités et ses forces, y compris la gravitation, en termes de fluctuations d’un éther à base de Higgs, qualifier les ondes et orbitales électroniques, voire les désormais célèbres supercordes, de tourbillons éthériques seraient des révolutions essentiellement sémantiques. Les questions cruciales, pour la technologie et les énergies nouvelles, seraient de savoir s’il y des relations non-standard entre forces nucléaires et électromagnétiques ainsi que l’ont suggéré Barut et Santilli, voire entre celles-là et les potentiels électromagnétiques. Si et à quelles conditions les électrons peuvent, grâce à leur moment magnétique anomal, former des agrégats hyperdenses capables de vaincre la barrière de Coulomb entre noyaux, si deux protons peuvent orbiter de près un électron selon le modèle de Maric, Dragic et al. et si des états collectifs de la matière peuvent, ainsi que l’ont pensé Bass, Preparata, del Giudice et Hagelstein, expliquer les réactions nucléaires à basse énergie. Ces questions essentielles et leurs réponses expérimentales souvent positives sont, contrairement aux dernières élucubrations hautement spéculatives et théoriques sur la supersymmétrie, les supercordes et les supermembranes, accueillies par un silence épais dans tous les médias. 

 

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